...Un bruit sec et répétitif retentissait dans ma chambre. Une lumière douceâtre se glissait sous mes paupières encore lourdes de sommeil. Une douleur me martelait le crâne, comme si j'avais reçu un coup de massue la veille. Les gouttes de pluie, qui frappaient contre ma fenêtre dans des sons saccadés, accentuaient ma migraine. Je voulu bouger quand je m'aperçu que je n'étais même pas allongée dans mon lit mais à deux mètres de celui-ci. Une couverture jetée en travers de mes jambes et un coussin déposé en vrac sous mes cheveux. Rien ne troublait ce tableau matinal. Pourtant je me sentais bizarre. Un mal être, une sensation de peur et d'incompréhension. L'atmosphère trop paisible qui régnait dans ma chambre ce dégrada à une vitesse affolante et devint oppressante. Des doutes emplissaient ma tête et se mélangeaient. Je me souvenais tout à coup de se qui s'était passé la veille. Enfin jusqu'au moment où tout était confus et noir. Marco... je me souvenais parfaitement de ce qu'il avait dit. Ce n'était pas un rêve j'en étais sûre. Tout prenais place dans mon esprit, les scènes se mirent en place et je le revit, s'approchant, avec son air de prédateur affamé, vers moi. Ces mots, comment les oublier ? Je savais que je ne le pourrais pas, je les connaissais déjà trop bien : « Il faut que tu partes ou tu sera la suivante... Je dois te tuer Esmée, je ne pourrais pas la retenir et je ne veux pas qu'il t'arrive ce qu'il m'est arrivé. Je dois te tuer sinon elle fera pire... Ou bien tu dois partir... ». Des menaces, un avertissement ? Qu'est-ce-que cela pouvait-il être ? Je me senti très mal soudain, rien qu'en m'imaginant le son de sa voix et son visage si parfait et si effrayant à la fois. Mes pensées me déconnectaient de la réalité quand un cri rauque fit vibrer les murs. Ma grand-mère me réveillait comme cela chaque matin.
Je me levai d'un bond cette fois, ne prenant pas garde au désordre qui encombrait ma chambre. En passant devant la salle de bains je fit un rapide état des lieux. Cheveux en bataille et un bleu sur l'épaule qui ne datait pas de longtemps puisque je venait seulement de le découvrir. À part ça, tout semblait normal. Je descendis les escaliers à toute hâte si bien que je franchis les deux dernières marches sur les fesses. Ma grand-mère éclata de rire en me voyant me relever avec peine.
Elle finit par se calmer et se rendit dans la cuisine où nous allions déjeuner. Je l'aidai à préparer le café, pris une tasse et une brioche, et filai vers la véranda. La pluie avait fait place à un soleil magnifique, un arc-en-ciel était même visible dans un coin du ciel. Marita (ma grand-mère) vint s'assoir à côté de moi sur son rocking chair. Tout en se balançant elle me posa une question qui me traversa comme un éclair:
« Qu'avais-tu hier soir ? Je t'ai entendu hurler. Je ne me suis pas levée car j'ai pensé à un cauchemar, dit-elle, mais je t'avoue que ce matin et te voyant allongée sur le sol j'ai eu peur.
- Rien, je... j'ai fait un rêve horrible cette nuit...
- Le même que depuis deux moi ?
- Oui, mais en plus réel cette fois ci, mentis-je.
- Raconte le moi donc.
- Tu me trouverais ridicule, non oublies plutôt, après tout ce n'est qu'un rêve.
- Pourquoi te trouverai-je ridicule ? Dis moi de quoi tu as rêvé.
Je lui racontai alors tout ce qui s'était passé cette nuit là, en la faisant passer pour un rêve.
- Tu aurais dû m'en parler plus tôt, la signification n'est pas très joyeuse, veux-tu l'entendre ?
- Je ne crois pas à ces choses là tu sais, mais si ça peut te faire plaisir...
- Ce jeune homme que tu vois est un danger qui te poursuivra encore longtemps, comme il le dit dans tes songes, il veut te tuer, mais ses raisons ne sont que louables. Je ne vois pas ce qu'il y a de pire que la mort mais lui est persuadé que la fatalité te réserve un sort bien plus horrible. Cette fameuse « elle » que tu recherches, c'est la fatalité ma fille. Le danger t'appelle et tu n'y résistera pas même si tu risque ta vie pour l'approcher.
- Je ne vois vraiment pas d'où tu tiens tout cela grand-mère, mais en tout cas j'ai du mal à y croire.
- Fais comme bon te semble, ma chérie, je ne te demande pas d'y croire mais fais y tout de même attention, cela pourra peut-être te servir plus tard.
- Je te promet que je n'oublierais pas ce que tu me dis là...
-N'oublies pas, ajouta-t-elle, ce que t'a dis ton rêve, et cherche le message qu'il essaye de te transmettre.
- Je n'y manquerais pas, ne t'en fais pas. »
Marita continua de se balancer tranquillement tandis que je me levai pour débarrasser nos affaires. Ayant finit la vaisselle, j'appelai Maëlys pour avoir de ses nouvelles et lui raconter mon soit disant « rêve ». J'avais besoin de son point de vue. Quand j'entendis sa voix je fut soulagée d'avoir quelqu'un de moins superstitieux à qui parler que Marita. La conversation commença et je su aussitôt qu'elle n'allait pas mieux que moi. La migraine était contagieuse aujourd'hui. Je raccrochais le téléphone à midi et demi pour préparé mon repas. Ma grand-mère était partie faire une course.
Soudain on toqua à la porte. J'ouvris et failli tomber à la renverse. Marco se tenait devant moi. Mes jambes cédèrent en dessous de moi et ses mains glacées me rattrapèrent. Je n'avais pas la force de me dégager de ses bras. Il avait l'air bouleversé et entra en me portant. Il me déposa délicatement sur le canapé et m'observa longuement. Je n'arrivais toujours pas à me remettre de mon choc. Quand il ouvrit la bouche, mon c½ur s'arrêta littéralement. Il se tût aussitôt et attendis que je me calme. Reprenant doucement le contrôle de moi-même je lui fit signe de s'expliquer. Il donna enfin les raisons de sa visite tout en me regardant d'un air interrogateur. Une fois qu'il eut terminé je ne put m'empêcher de lui demander des explications sur ce qu'il c'était passé la veille. Il fut choqué à son tour.
« Qu'est-ce que tu me racontes ?
- Ne fais pas l'innocent, criai-je, tu sais aussi bien que moi de quoi je parle.
- Esmée, tu me fais peur, tu as de la fièvre ? Tu es malade ?
- Je vais très bien, hurlai-je, mais c'est toi qui souffre d'amnésie !
- Je ne te comprend pas, dit-il de son ténor envoutant.
- Tu es sûr de ne pas voir de quoi je parle ? dis-je commençant à douter .
- Je te jure que je ne te suis pas du tout, tu m'inquiètes sérieusement, qu'est-ce qu'il t'es arrivé tout à l'heure ?
- Mais... mais pourtant, j'étais sûre que tu étais dans ma chambre et que tu...
- C'est de ça que tu me parles ... On a donc fait le même rêve...
- Un rêve, tu es sûr ? Mais j'étais persuadée que c'était réel, que tu me touchait vraiment, tes mains glacées et tes yeux... je les regardai profondément et m'aperçu qu'il étaient de leur couleur miel doré habituelle, quoique plus vive. Tes yeux ont encore changés depuis vendredi, et hier soir, ils étaient tellement plus foncés, je ne comprends pas comment tu arrives à faire ça.
- Esmée, tu as rêvé, et j'ai dû faire exactement le même rêve que toi.
- Je n'arrive vraiment pas à y croire.
- Pourquoi aurais-je voulu te tuer ? »
Le silence tomba, nous nous regardions longuement, puis lentement, il se releva, me salua et parti en direction de la porte. Il avait la démarche gracieuse d'un dieu. Sa main effleura la poignée quand il se retourna et me lança un regard enflammé. Ses yeux étaient devenus de l'or en fusion, ses lèvres s'étirèrent en un sourire exquis et dévoilèrent ses dents blanches.
« Ton rêve, dit-il, était bien réel... »
Mon sang ne fit qu'un tour dans mon corps, mon souffle était coupé. Il disparu après avoir lancer cette dernière phrase me laissant seule perdue dans mes pensées, confuse, bouleversée...